01 décembre 2007

Il aura suffit d'un regard

Avez-vous déjà regardé qqn dans les yeux ? Oui forcément, personne ne vit la tête baissée ou avec une haleine telle que les yeux de l'autre n'ont jamais croisé son regard. 

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Et pourtant, pourtant comment regarder droit dans les yeux sans tomber à la renverse par tant de vie, d'altérité, de puissance et d'animation. Miroir de l'âme, sans aucun doute, les yeux ont cette force de lier la puissance de la conscience qui agit, qui regarde et l'inconscient qui enregistre, mémorise et le mouvement du corps, ustensile ultime avant l'intimité de l'âme. Le regard de l'autre m'apprend qu'il y a de la vie en dehors de la mienne, ce souffle, cet esprit qui me pousse à agir, à penser, est aussi présent dans un autre, une personne que je ne contrôle pas. On me regarde et je ne comprends rien à ce regard. Que se passe-t-il derrière la frontière oculaire, que pense-t-on de moi, de la situation qui nous entoure, y pense-t-on vraiment au-delà des informations captées par ces globes que je ne peux m'empêcher de fixer ou de fuir ? 

N'importe quel autre objet m'indiffère quant à la position que je dois prendre vis-à-vis de lui. Mais face au regard, on se positionne, on se contrôle, on essaye en tout cas, sujet ou objet qui veut-je être ? Regardé ou regardant qui suis-je à ce moment ? Ce ne sont que des yeux dont les caractéristiques, la morphologie sont connues, reconnues, disséquées et étudiées, bref sans aucun mystère qui pourrait me mettre mal à l'aise. Je sais regarder un paysage, une chaise sans que cela ne me pose le moindre problème. Je n'ai pas de rayons de lumière qui en partent comme on le croyait au moyen-âge, ainsi instruments passifs, je ne suis coupable de rien que ce qu'on laisse dévoilé à ma portée. Ça doit être derrière, oui je sais que la personne voit comme moi je vois. Alors nous nous voyons, il n'y a pas de positions dominant-dominé, les émotions doivent passer par la contraction des muscles des paupières, les glandes lacrymales et tout le réseau complexe dont je sais moi aussi faire bon usage. Mais alors cette force ? Ce frisson lorsqu'on me regarde, qu'on m'observe, je le sens. Ce ne peut être qu'instinctif, un vieil atavisme de mon appartenance à la grande famille de l'espèce humaine. Et pourtant, pourtant l'autre a cette vie, cet esprit, enfermé lui aussi dans les limites corporelles avec un monde, son monde infini, intérieur lui aussi créer par sa conscience, exprimés par ses désirs, ses humeurs, ses rêves. Et il n'y a qu'au travers de son regard que je le comprends.
 

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Il me regarde et je m'effondre. Mon monde s'effondre. Le mien était sans limite, mais il n'atteint même pas celui de l'autre. Cet autre monde dont je n'arrive à apercevoir qu'une parcelle, vit dans, pour et par un autre, une autre conscience, quelqu'un qui ressent comme moi, qui pense comme moi, qui s'est construit une image à laquelle je n'aurais jamais accès. Il me regarde et je sais qu'il existe. Est-ce une raison alors pour craindre le regard des autres ? Je ne peux pas faire ça devant tout le monde. Et pourtant, pourtant la plupart du temps nous ne risquons rien, juste d'être vu, d'être appréhendé, capté par cet objet magnifique et si petit. Nous risquons juste d'appartenir à un nouveau monde, une nouvelle conscience où la plupart du temps nous voulons faire bonne figure ou tout du moins pas mauvaise. Loin de nous enfermer, le regard des autres nous permet de multiplier notre image, de la décomposer suivant tous les points de vue et de donner du relief à nos pensées.

Posté par eroze à 21:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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